Enseigner dans un contexte renouvelé par les TICE : participation et interactivité

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Table ronde : « Enseigner dans un contexte renouvelé par les TICE : participation et interactivité »

 Modérateur : René Blanchet

Participants : Alain Séré, Inspecteur général (technologie), rapporteur du rapport e-educ, coordonnateur de la cellule TICE de l’Inspection générale, Catherine Beccetti-Bizot, Inspecteur général (Lettres), membre de la cellule TICE de l’inspection générale, Etienne Candel, Maître de conférences au Celsa (Paris IV), agrégé de Lettres, Docteur en sciences de l’information et de la communication.

Problématique :

Les notions de participation et d’interactivité sont fréquemment convoquées pour désigner des attitudes considérées comme positives dans un contexte scolaire. On parle de « participation des élèves en classe », d’« interactivité » du professeur avec sa classe, par exemple…

Les deux notions tendent à se confondre ; elles sont devenues des critères d’appréciation et de valorisation dans le cadre de l’évaluation de l’enseignement, en situation d’inspection notamment. Elles sont donc chargées de valeurs dans l’univers scolaire.

Par ailleurs, ces deux qualités sont souvent associées dans le discours commun à l’arrivée des TICE dans les établissements et dans les classes, dont elles sont censées renouveler le contexte. Cette affirmation semble aller de soi. Or c’est cette évidence précisément que vous avez choisi d’interroger.

Quelle est la réalité de cette association. Est-il vrai que les TICE sont à l’origine de nouvelles dynamiques, de nouvelles modes d’interaction entre les individus, qu’elles induisent ces deux nouvelles postures ? Ou est-ce un simple effet de mode du vocabulaire, parce que tout ce qui est « moderne » dans notre école doit adopter les nouveaux langages ?

C’est donc sur la réalité de ces deux notions dans le domaine des TIC, mais aussi sur la pertinence de leur application au domaine de l’enseignement, que va porter le débat.

Première question : celle de la définition.

· Que signifient ces deux notions ? D’où viennent-elles ? Pourquoi vous intéressent-elles du point de vue des changements de modèles pédagogiques en cours ? Bref, quel sens ont-elles pour vous ?

· Catherine Becchetti-Bizot : Le terme d’interactivité est issu de l’univers des technologies. Il sert en quelque sorte de « modèle théorique » que l’on transfère à d’autres domaines lorsqu’est en jeu une relation de communication, un échange, entre deux ou plusieurs protagonistes dont l’activité rétroagit sur celle du ou des autres.

· La participation vient plutôt des domaines socioéconomique
et politique et fait référence à l’implication et à la collaboration de plusieurs membres d’une même communauté allant dans le sens d’un objectif d’intérêt commun et partagé (entreprise, collectivité, etc.).

· Dans interactivité, il y a « activité », et « réciprocité » etc. // interaction ; interconnexion ; internet…

· Dans participation, il y a « partage » et « collaboration » (//concertation)

· Alain Séré : développe idée d’interactivité (dans le champ technologique)

· Etienne Candel : développe l’idée de participation dans le champ de la communication et du social.

· Interroger aussi la coexistence des deux notions (leurs différences, leur complémentarité, leurs fonctions respectives ?)

Deuxième question :

Il ressort de ce que vous dites que ces notions désignent, dans le milieu de l’Ecole, des référents déjà importants depuis longtemps : l’idée l’apprentissage se fait mieux s’il y a activité et implication de l’élève, construction par l’élève de ses propres savoirs ; l’idée d’une participation accrue de la classe à la constitution d’un savoir partagé…

Mais alors qu’est-ce que les outils numériques viennent faire dans tout cela ? En quoi sont-ils réellement porteurs d’interactivité et de participation ? Est-ce que ces dispositifs portent en eux les nouveaux types de relations qui s’instaurent aujourd’hui à l’école entre les élèves et leur professeur, entre les élèves eux-mêmes ?

Catherine Becchetti-Bizot : Il y a quelque chose de radicalement nouveau (et salutaire) dans la l’échange et la relation qui passe par les TICE… Ceci est d’abord à analyser dans la pratique des TIC et des usages émergents : l’utilisation des liens hypertexte, les réseaux, les wiki, les blogs, le clic et la décision, l’utopie du partage et de la collaboration horizontale…

Troisième question :

Qu’est-ce qui justifie la mise en corrélation entre des postures pédagogiques et des procédures ou des dynamiques relevant plutôt de l’univers des technologies numériques ?

En quoi ces concepts sont-ils pertinents et transposables dans l’enseignement ?

Comment entrent-ils en résonnance avec de nouveaux modèles pédagogiques émergents (cf. les compétences du Socle, la différenciation et l’accompagnement pédagogiques) ?

Catherine Becchetti-Bizot : Pour comprendre l’application de ces deux notions à l’univers scolaire, je souhaiterais les installer dans un système d’oppositions :

· Participation ≠ écoute passive…

· Interactivité ≠ frontalité, magistralité . C’est tout ce qui permet à l’utilisateur (d’un site Web en particulier) de réagir à ce qui lui est présenté à l’écran : saisie d’informations ou de requêtes débouchant sur de la restitution de données mises en forme, activation de fonctions, lecture dynamique grâce à des liens hypertextuels, etc. Au-delà, capacité d’un site à répondre de façon automatique ou manuelle aux différentes sollicitations de ses visiteurs

· Je crois que derrière cela, il y a aussi l’idée que la société a besoin de compétences nouvelles : le modèle traditionnel de transmission des connaissances valorisait la mémoire et la restitution des contenus appris… relation pédagogique frontale. Les évaluations internationales font ressortir que les élèves français ont du mal à mobiliser les connaissances acquises pour les réinvestir dans les situations de la vie courante. Aujourd’hui, les exigences de la société et du marché du travail, iraient plutôt dans le sens non de tâches cognitives routinières, mais de tâches analytiques et interactives… Les TICE y contribuent sans doute.

· Derrière l’idée de participation, il y a le modèle horizontal de tâches collaboratives, où chacun apporte sa pierre à l’édifice. Internet crée sans doute les conditions d’une circulation plus égalitaire de l’information, du débat, de la négociation et de la critique. Il est porteur d’une sorte d’utopie démocratique.

Perspective de conclusion :

Même si elles se fondent sur un certain nombre d’illusions ou de représentations abusives, on l’a vu, elles « fonctionnent » quand même en ce qu’elles synthétisent toute la représentation qu’on se fait d’un enseignement renouvelé et moderne.

Il y a ici convergence entre les promesses des technologies et les attentes à l’égard du système éducatif dans la prise en charge des élèves. Des attentes qui préexistent : participation de l’élève, coproduction des connaissances.

On peut avancer qu’il n’y a pas d’innovation radicale. En fait, on est placé dans un prolongement de modèles anciens mais sur lesquels se projette la volonté de changer de système éducatif. Au regard, l’idéologie rupturiste se cristallise sur les TIC : volonté de tirer des TIC un gain tangible, une ouverture, une liberté, un modèle de société avec un rejet de modèles pédagogiques anciens.

Dans la mise en oeuvre des TICE, ne négligeons pas une donnée-piège : les intérêts économiques et commerciaux…

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