La gouvernance des TIC et la question des usages

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Table ronde : La Gouvernance des TIC et la question des usages

Modérateur : Daniel Lelli, Rédacteur en chef, France 3 – Côte d’Azur

Participants : Patrick Allemand, premier Vice-Président de la région PACA ; Chantal Blandel, Secrétaire nationale, responsable du réseau Sud-Méditerranée de l’ANDEV ; Christine Hofliger, Directeur de l’Éducation, de la Jeunesse et de l’Animation, ville de Nice ; Philippe Jourdan, Inspecteur d’académie, Directeur des services départementaux de l’Éducation nationale des Alpes-Maritimes ; Georges Roux, Vice-Président (Éducation) du Conseil général des Alpes-Maritimes.

La Gouvernance des TIC et la question des usages : Quelle convergence institutionnelle dans la mise en oeuvre des TICE ?

Chantal Blandel, Secrétaire nationale ANDEV, Responsable du réseau Sud Méditerranée, Directrice Générale adjointe de Vitrolles 13.

1 – Intoduction par l’étude comparative des politiques éducatives de 2001 et 2008 dans les mandats électoraux, réalisée en 2009 au congrès de la CIOTAT

Etude Comparée 2001/2008

En 2001, lorsque les élus municipaux étaient interrogés sur les actions susceptibles de faire l’objet d’une implication croissante de la part de leur collectivité dans le cadre du mandat 20012008, ils répondaient :

· l’équipement informatique des écoles, était cité une fois sur deux

· puis dans une proportion d’une citation sur trois, venaient le développement périscolaire, les classes à projets artistiques et culturels, le renforcement de la sécurité à la sortie de l’école

· enfin étaient cités dans un cas sur quatre : le soutien scolaire, l’accueil des enfants de deux ans , la sécurité alimentaire, la lutte contre la violence scolaire, le soutien aux apprentissages, l’intégration des handicapés et la dotation aux manuels scolaires.

D’où l’importance qui est donnée par les Maires à l’informatique

L’équipement informatique des écoles

En effet l’intensité de l’investissement en informatique était en 2001 fonction de la taille de la commune : près de 9 neuf villes sur 10 indiquaient un investissement lourd en matière informatique, contre une sur deux dans les petites et moyennes communes.

En 2008, l’informatique et les TICE continuent de figurer dans les projets importants. A la différence de 2001, la question de l’équipement est cependant moins prégnante. Les réponses à l’enquête de 2008 montrent que les maires sont entrés par rapport à 2001 dans une logique d’entretien et de maintenance s’agissant du domaine des TICE, les plus gros efforts ayant été accomplis sous le précédent mandat municipal.

Ils étaient 82% à déclarer qu’ils consacreront le même budget que précédemment pour les abonnements à internet et 72% pour l’acquisition de logiciels éducatifs. Ces taux sont parfaitement comparables à celui des réponses sur l’effort consacré par les maires en mobilier scolaire 81%. En 2008, les dépenses informatiques et de TICE sont traités comme celle relatives au mobilier scolaire, ce qui traduit le chemin parcouru depuis 2001.

Cependant, cette donnée mérite d’être nuancée. Dans un ville moyenne les dépenses dans ce domaine sont particulièrement regardées : expertise pour étudier la couverture des besoins dans le renouvellement, mais aussi rendre compte des attentes des enseignants au regard de l’évolution du matériel. De nouveaux besoins apparaissent comme le lien avec les directions de la culture, et de la politique de la ville, le sport, les parents. La question des modalités de mise en oeuvre est aussi abordée comme facteur d’intégration de la société d’information dans une quête de sens. .

Comment faire en sorte que les élèves aient du recul vis-à-vis d’internet et des moyens modernes de communication ?

Rien ne garantit en effet que l’usage d’outils conçus à des fins tout autres qu’éducatives, puisse efficacement aider l’école à remplir sa mission. A l’inverse l’école ne peut se désintéresser de ces technologies dont la maitrise est indispensable pour permettre aux enfants de s’insérer, demain, professionnellement et socialement

2 – La gouvernance et la coéducation

C’est pourquoi la question de la gouvernance se pose, à savoir la coéducation dans le domaine des TICE en particulier sur la culture de l’information et les pratiques éducatives, qui introduit la dimension du partenariat indispensable avec les collectivités territoriales.

Il s’agit de mettre en évidence la nécessité d’une collaboration étroite avec l’Éducation Nationale, les parents d’élèves, des acteurs publics associatifs et économiques sur les projets d’équipements, mais aussi sur les projets d’utilisation, d’optimisation des outils pédagogiques mis à la disposition des écoles.

Le principe d’une convention de partenariat est à considérer comme un élément essentiel du respect des engagements réciproques de la bonne utilisation des équipements et des projets définis.

Chaque ville se doit à la fois de développer ces pratiques éducatives relatives aux TICE, mais aussi de vérifier que ces investissements répondent aux besoins et sont utilisés de façon optimum et de veiller à ce que tous les enfants puissent y accéder. ( cf classe d’environnement volontariat des enseignants, fréquentation de la bibliothèque etc …)

De même doit être questionnée la formation, la maintenance des équipements, l’assistance aux enseignants. Trop souvent, certains équipements sont sousutilisés
ou mal employés. Et trop souvent dans les communes le plan de formation auprès des enseignants n’a pas l’ampleur nécessaire à l’efficacité de ce développement pour utiliser de façon optimum ces outils mis au service des enfants.

Les collectivités territoriales ne sont pas uniquement les payeurs, mais aussi des partenaires de la coéducation dans le cadre du projet éducatif local et participe de fait à la culture de l’information. Les lieux comme les cybers espace ont souvent été et sont encore des lieux d’apprentissages et de formation pour les enfants et aussi les enseignants. Il est aussi possible que ces nouveaux lieux soient accessibles au public extérieur à l’école dans le cadre d’une organisation. (Centres de loisirs, accueils périscolaires etc…) à l’identique des BCD sur les hors temps scolaire.

Les différentes configurations des écoles obligent souvent à équiper les écoles sous diverses formes : classe mobile, salle informatique unique, équipement en fond de classe etc. Ces diverses hypothèses sont souvent des occasions de confrontations dans le partenariat qu’il est souhaitable de regarder d’un point de vue faisabilité et de recherche d’objectif à atteindre sans pour cela augmenter considérablement le budget des villes.

Garantir la culture de l’information et les pratiques éducatives est de la responsabilité de chaque partenaire et dans ce sens, le partage de l’information sur les orientations de l’Éducation Nationale dans le domaine des TICE, est indispensable à la compréhension de tous, au niveau local, départemental.

Articuler ces pratiques éducatives de la culture de l’information, autour d’un projet éducatif local est une entrée du partenariat de la co-éducation.

Les TICE sont au coeur des compétences croisées entre l’Etat et les collectivités locales. Sans collaboration étroite dans ce domaine, on peut être certain d’aller à l’échec quelque soient les sommes ou les ressources humaines investies.

Il ne s’agit pas d’une collaboration où l’un des partenaires effectuerait des choix pour l’autre, mettrait en oeuvre, mais bien d’un travail de fond sur des choix communs au bénéfice de tous.

Les TICE révèlent ou non au niveau local, la réussite d’un partenariat constructif et intelligent. C’est un équilibre entre chacun des partenaires.

Depuis une 10ène année, les communes ont développé des stratégies. Au départ elles se sont appuyées sur le plan d’action gouvernemental de 1999 qui a servi de catalyseur à la mise en oeuvre des projets sur le plan local, mais avec peu de moyens efficaces, cela n’a pas été suffisant pour organiser l’informatisation des écoles de façon ordonnée en particulier le partage des compétences.

Les collectivités ont la responsabilité de l’équipement et du fonctionnement des écoles, mais aucun texte ne précise cette responsabilité pour les TICE en termes de dépenses obligatoires. Les collectivités exercent de façon libre leurs responsabilités, même si la plupart d’entre elles ont pris en charge largement cet équipement.

Les lignes de partage des compétences se sont construites en fonction du rapport de forces au niveau local, entre élus et autorités académiques :

· question de la maintenance

· question du développement des ressources

· question d’accès aux réseaux

· question de la formation

Peu de moyens et de mode d’emploi ont été donnés aux autorités académiques pour avancer en cohérence sur l’ensemble du territoire d’où une disparité dans les usages, le développement, la formation des enseignants.

Les élus sont convaincus de l’intérêt d’équiper les écoles : enjeu éducatif, question d’équité sociale et d’accessibilité aux ressources numériques.

Les compétences communales sont souvent décriées comme facteur de risque de développement des inégalités dans ce domaine, fracture numérique, territoriale au même titre que les autres compétences, mais que l’on peut aussi associer aussi aux services déconcentrés de l’Etat en matière de TICE source d’inégalité et il en est de même pour telle ou telle école à développer un projet dans ce domaine.

Des conventions entre collectivités locales et inspections académiques devraient être développées afin de garantir les efforts des uns et des autres et refuser l’attentisme et l’habituel rejet des responsabilités.

A travers les espaces numériques de travail, il est possible de développer les pratiques tant d’accès aux ressources que de relationnel avec les élèves et leurs familles : créer plus de lien entre les établissements et les familles tant sur le plan administratif que pédagogique. C’est le sens de l’intégration sociale qui est posé dans une démarche de projet éducatif local.

Partenariat

· 41% des communes ont ou vont conclurent une convention avec l’EN portant spécifiquement sur les TICE soit une commune sur 2.

· Les logiciels éducatifs destinés aux enseignants, 57% y consacrent des budgets spécifiques

Le contenu des conventions

· la formation préalable des enseignants. La formation des enseignants jugée prioritaire pour éviter la non utilisation

· l’évaluation par l’EN de l’utilisation du matériel, ainsi que les aspects pédagogiques Les pratiques d’évaluation sur les usages des TICE sont encore largement informelles, aucune information sur le B2i, indicateur de performance et des usages

· le programme d’investissement pour sensibiliser les enseignants aux coûts des TICE supportés par les collectivités

· le besoin d’un retour d’expérience de la part des écoles implique un comité de pilotage

· la définition des missions et obligations de chacun

· l’implication des parents, voire des associations susceptibles d’intervenir durant le temps périscolaire.

· la désignation d’un interlocuteur privilégié par école sur les TICE

· la responsabilité des utilisateurs au regard de la copie illicite des logiciels et téléchargements illégaux

· le contrôle d’accès aux sites

· les modalités de traitement de la maintenance courante

· Sans l’effort des collectivités, en faveur de l’éducation numérique, l’Etat ne serait pas en capacité de mener à bien son plan et le partenariat passe par la reconnaissance des uns et des autres et s’inscrit dans un projet éducatif local.

3 – La révolution numérique et son impact sur la lecture et le livre ?

Audelà de la Gouvernance, quelle place pour les villes dans l’éducatif des TIC et s’informer à l’heure du numérique ? La révolution est-elle en marche de remplacer le livre ?

Les savoirs, les compétences, les stratégies, la place du numérique dans l’éducation sont aussi de nouveaux enjeux que les villes se doivent d’appréhender. Comment les villes s’approprient ce dossier au-delà de la gouvernance considérant les investissements réalisés et quelle est le retour sur l’éducation des enfants ?

Nous avons aussi à construire des modalités de partenariat dans ce domaine. En effet, la question de la mise en réseau généralisée pose la question de la maitrise de l’information et de la culture de l’information. Nous pouvons considérer que les commandes de l’EN vers les villes s’inscrivent dans la même logique que les livres. De ce fait, la gouvernance des TIC ne se situe pas uniquement sur le gros investissement des villes, il faut aussi se questionner sur les modes d’utilisation et ses conséquences sur les apprentissages des enfants même si ce n’est pas de notre responsabilité. Nous avons à rendre compte dans ce domaine.

Les codes d’accès à l’information comment les comprendre, les analyser et faire des choix ? Apporter de la critique à l’information. En effet, une enquête menée en décembre 2009 par ABC pour le compte d’une enseigne nationale et jeux pour enfants, auprès d’un échantillon de 700 personnes dont 300 enfants âgés de 6 à 11ans et 300 parents démontre l’importance de l’impact des TIC dans l’environnement éducatif.

Le chiffre n’étonnera personne, plus d’un élève du primaire sur 4 (27%) s’installe devant un ordinateur pour surfer sur internet à son retour de l’école. En 2003, cette proportion n’était que de 13%. Autre enseignement, l’allongement du temps de consultation 2h48 par personne contre 2h21 il y a 7 ans. Si internet accapare de plus en plus les 6 11ans,

cette activité reste minoritaire , les enfants lui préfèrent le jeu plébiscité par 8 enfants sur 10, la TV 78%, les jeux vidéos 68%, ce qui laisse peu de place aux activités sportives et culturelles, d’où l’importance de se pencher sur les équilibres du bien être

Quels sont les codes à rechercher dans cette compréhension, de ces nouveaux apprentissages ?

Tout trouver et rien trouver au même titre que les livres dans une bibliothèque. Comment accéder au bon choix pour une ouverture culturelle, une prise de conscience du monde. Quelle recherche documentaire intelligente pour identifier la bonne information qui construit les connaissances.

Comment l’intégrer comme support de l’enseignement avec la question de la formation des enseignants et comment la ville est partenaire de cet axe là ?

Comment valoriser les informations ou se les réapproprier dans une démarche éducative. ?

Codes déviants, codes de l’apprenant considérant que l’enfant d’aujourd’hui est né dans cet univers numérique, codes de celui qui donne à apprendre. Il y a de fait un écran qui fait barrage ou autorisation de tout, compte tenu de l’absence de réaction verbale, émotionnelle, frontal. La notion des règles de bonne conduite est à rechercher. L’école favorise-t-elle cette prévention ?

Trop de communication et d’information tue le rapport à l’autre, la compréhension, et sans ignorer notre temps comment appréhender ces nouveaux systèmes de relation et de codes d’apprentissages.

L’individu se construit tout au long de la vie et les réseaux sociaux sont aussi présents dans les TIC.

Quel est le rôle de la collectivité sur l’information ? Vaste de question à rechercher dans les modalités du partenariat et de gouvernance à poursuivre dans sa construction.

Par ailleurs le rapport « Réussir l’école numérique » de la Mission Fourgous dans la définition de ces 12 priorités et ses 70 mesures pour réussir l’école numérique en 2012 précise et interroge les collectivités territoriales au niveau des équipements, questionne sur la faisabilité du plan de formation des enseignants et sa mise en oeuvre au regard des difficultés déjà existantes auprès des enseignants dans le domaine de la formation des TIC. Les collectivités serontelles sollicitées ?

Les villes et tout particulièrement les directions de l’éducation des communes s’impliquent fortement dans ces nouveaux apprentissages par une réflexion poussée des équipements et aussi de sa pertinence.

Bref, à quel moment nous avons fait une évaluation de l’existant actuel et des partenariats nécessaires avec les collectivités dans ce domaine ?

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