TICE et pilotage pédagogique

TICE et pilotage pédagogique :

Gilbert Pietryk, Inspecteur général de l’Éducation nationale,  correspondant académique IGEN. 

 Avant tout, j’aimerais vous dire tout le plaisir qui est le mien d’être associé aux travaux de ce premier colloque mariant écriture et technologie, et dont la thématique  » De l’écrit à l’écran  » est non seulement particulièrement intéressante mais également porteuse d’avenir. C’est aussi pour l’occasion de remercier chaleureusement les organisateurs de ce colloque, en premier lieu le CRDP de Nice et notamment sa directrice, Madame OTTOMBRE, Monsieur CATHY, l’association des amis de la Clé et son président Monsieur MOREAU, la fondation Sophia, représentée par Madame ??? . Qu’il me soit aussi permis de saluer la présence des représentants du ministère de l’Éducation nationale, notamment Monsieur CAPUL, qui dirige la sous-direction des technologies de l’information et de la communication, des collègues de l’inspection générale et en particulier Catherine BIZOT qui a mis toute son énergie pour soutenir la tenue de ce colloque, des conseillers TICE rectoraux dont plusieurs nous ont rejoints en venant d’académies éloignées, des représentants des collectivités territoriales, de la commission européenne, des médias…

Je me réjouis donc de participer à ces journées qui, comme chacun le sait, portent sur un sujet prioritaire pour l’Éducation nationale : non seulement le ministère accomplit depuis un certain nombre d’années un effort important d’incitation, d’impulsion et de déploiement des outils et des ressources numériques, mais il s’efforce aussi d’accompagner efficacement la mise en place des pratiques et des usages sur le terrain, c’est-à-dire l’appropriation de ces outils par les élèves et par les enseignants. Les circulaires de préparation de rentrée, et notamment celle qui concerne la prochaine rentrée scolaire, en témoignent.

Nous ne doutons plus aujourd’hui des multiples richesses et possibilités d’exploitation pédagogiques qui s’ouvrent à nous grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication ; encore faut-il que nous sachions préparer les élèves à l’utilisation  » raisonnée  » et  » vertueuse « , autrement dit responsable et autonome, de ces outils et que nous puissions nous-mêmes être les médiateurs éclairés de ces nouveaux usages.

En tant que correspondant académique de l’Inspection générale de l’Éducation nationale, je me situe dans le champs du pilotage pédagogique, c’est-à-dire à l’interface des orientations académiques dont nous parlera Monsieur CAPUL, du projet académique et les actions menées par les corps d’inspection territoriaux, qui ont pour mission la mise en cohérence et en particulier l’organisation des politiques menées par les diverses entités composant le territoire académique (départements, bassins d’éducation et de formation, circonscriptions du premier degré, EPLE, écoles primaires… ). Il s’agit d’assurer les meilleures conditions de réussite scolaire et d’insertion sociale de nos élèves, et pour cela de veiller à l’accompagnement de chacune de ces entités.

Pour en revenir au projet de l’académie de Nice, celui-ci vient d’être reconstruit après plusieurs mois de réflexion associant tous les acteurs de l’Éducation nationale en poste dans l’académie ; il s’articule autour de cinq priorités :  » Une pédagogie individualisée « ,  » Des parcours scolaires réussis  » ,  » Des élèves autonomes et responsables « ,  » Une École ouverte sur l’art, la culture et l’international  » et  » Un pilotage académique de nature à impulser une dynamique collective « . À l’évidence, les TICE contribuent à la mise en oeuvre de chacune de ces priorités, et ce non de manière accessoire, mais comme des leviers opérationnels de chacune de ces actions. Par exemple, les TICE favorisent l’adaptation des pratiques pédagogiques aux besoins particuliers des élèves, permettent une approche plus personnalisée et plus diversifiée de leurs difficultés, une meilleure valorisation de leur réussite, donnent plus de souplesse dans les rythmes d’apprentissage, etc. Encore faut-il savoir comment mettre en place des scénarios utilisant ces outils avec une certaine fluidité et intégrant à des objectifs didactiques et disciplinaires bien ciblés.

L’intégration des médias numériques dans l’univers scolaire a commencé à modifier en profondeur les manières d’enseigner et transforme les modalités d’échanges et d’organisation des établissements. Ces transformations s’accélèrent au point que les acteurs de l’éducation ont parfois du mal à en conceptualiser les apports pour les mettre en cohérence et en synergie avec les objectifs fixés pour l’école. Il nous faut porter un regard attentif à ce qui est en train de se passer pour faire en sorte qu’aujourd’hui ces technologies ne se retournent pas contre l’action pédagogique mais se situent au cœur de l’action pédagogique. Pour cela, il est important de mobiliser nos énergies dans le champ de la formation, de l’accompagnement et du déploiement des ressources humaines, et de soutenir les corps d’inspection territoriaux dans leur travail au quotidien. À cet égard, il convient de souligner l’effort important accompli depuis 2005 au sein de l’académie pour mettre en place et déployer des environnements numériques de travail, effort piloté par André MARCANT, conseiller TICE du recteur, et par son équipe ; il s’agit là d’une étape importante dans la mise en oeuvre de la stratégie de développement de l’usage des TICE. De même, il faut rappeler aussi que l’académie de Nice a été désignée pour l’expérimentation des manuels numériques, expérimentation qui est menée depuis la rentrée 2009 dans deux établissements et qui fait l’objet d’une convention tripartite avec le Ministère de l’Éducation nationale et avec le Conseil général des Alpes-Maritimes.

Au-delà des initiatives locales qui se sont multipliées ces dernières années, il y a une volonté de rationalisation et d’harmonisation à travers le déploiement d’un dispositif global, intégré, à l’usage de l’ensemble des acteurs de la communauté scolaire – l’ENT permettant un accès unifié et sécurisé à des services et à des ressources.

Le plan de déploiement des services offerts par les ENT prévoie la mise en oeuvre de ces espaces sur une majorité d’écoles de l’académie dans un délai de 5 ans et sur tous les établissements du second degré dans un délai de 3 ans. Ce sont des objectifs très exigeants en termes de pilotage académique, d’information, d’accompagnement et de formation. Ils mobilisent beaucoup de ressources et de moyens et s’appuient sur une communication constante entre les acteurs et les partenaires, en particulier les collectivités territoriales. Une table ronde est prévue demain sur le thème  » Quelle convergence institutionnelle dans la mise en oeuvre des TICE ?  » et permettra ainsi de revenir sur ce point. La question du partage des compétences est un point essentiel de la réussite de nos projets, et nous avons un grand besoin de ces moments de dialogue et d’échange pour les réaliser. Les collectivités territoriales sont de plus en plus fortement impliquées dans le financement et la mise en place des matériels, logiciels et services, ce qui ne peut se faire sans une collaboration étroite avec les acteurs de l’éducation allant dans le sens d’un bon équilibre des responsabilités.

Il me semble que notre rôle est de veiller à ce que la volonté de généralisation, voire d’industrialisation n’aboutisse pas à une concentration exclusive des efforts et des ressources sur le pilotage des structures et sur les aspects techniques de leur mise en oeuvre, et ne fasse pas oublier l’objectif essentiel de notre action : la réussite de tous les élèves.

Si l’on veut, par exemple, que la fracture numérique n’aggrave pas les écarts sociaux mais aide, au contraire, à les réduire, il faut élaborer des stratégies pédagogiques qui fassent des supports numériques de véritables outils d’une pédagogie différenciée, des instruments d’apprentissage qui améliorent les résultats des élèves, qui développent leurs compétences d’expression et de lecture et leur aptitude critique, qui contribuent à leur autonomie et enrichissent leur culture pour les faire accéder au plein exercice de leurs libertés. Or ce n’est pas toujours le cas ; parfois les deux fractures se cumulent et les efforts sont gaspillés.

Le pilotage pédagogique consiste à faire en sorte que, en amont comme en aval, il puisse y avoir une réflexion concomitante sur les choix d’équipements et de solutions techniques pour notre école, et sur les conséquences de ces choix sur les pratiques pédagogiques, les usages, les modes d’appropriation par une communauté – communauté qui n’est pas homogène et qui n’est pas forcément préparée aux changements qui l’attendent. Le temps d’une appropriation  » intelligente  » de l’outil correspond précisément à ce temps structurant de la pédagogie et de la formation, qui ne s’improvise pas, qui demande des compétences particulières, et qui, cependant, est indispensable à la réussite de toute entreprise au service de l’enseignement.

Cerner les objectifs, repérer les atouts, éviter les écueils, tels sont les enjeux de notre mission d’inspecteurs, généraux ou territoriaux. La question des TICES nous donne l’occasion d’une réflexion rénovée sur ces enjeux. C’est une mission très importante qui nous incombe. Le ministre l’a rappelé fortement en plusieurs occasions, et il a insisté sur les efforts que son ministère est prêt à poursuivre afin de mieux faire profiter l’ensemble des élèves de cette révolution qui a des conséquences sur la formation des esprits et des futurs citoyens.

Quelques mots pour terminer le sujet du colloque.

Les organisateurs ont choisi de commencer cette année par une réflexion portant sur les conséquences de la révolution numérique sur les pratiques d’écriture et lecture, et plus largement sur l’enseignement de la langue.

Ce choix me paraît tout à fait justifié. En effet, notre modèle de transmission est fondé depuis des siècles sur l’écrit, et ce modèle a conditionné toute la relation de l’élève au savoir et celle du maître à l’élève. L’exercice de la mémoire et de la raison, la pratique du commentaire de texte, la connaissance des œuvres patrimoniales, qu’elles soient littéraires, artistiques ou scientifiques… toute notre culture scolaire s’appuie sur un échafaudage des références livresques qui ont été transmises de génération en génération.

Réfléchir à la façon dont cet édifice est bousculé par l’arrivée massive de supports et de contenus numériques dans l’enceinte de notre école, tenter de comprendre comment peut s’opérer une transformation harmonieuse, comment peut émerger une nouvelle culture qui ne soit pas en contradiction mais en complémentarité avec la culture de l’écrit, il me semble qu’il y a là un sujet de réflexion particulièrement stimulant pour nos deux journées et qu’il se situe au cœur d’interrogations plus vastes sur les missions fondamentales à l’école.

Participez à Orme 2018

Le rendez-vous des acteurs du numérique pour l'éducation, les 30 et 31 mai 2018 à Marseille.

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